La culture, moyen de responsabilité

Publié le par devoirdeculture

Le texte ci-dessous est extrait du livre Projet socialiste pour la France des années 80. Il témoigne de la façon dont le Parti socialiste, au cours des années 70, avait assis son accession au pouvoir sur la dimension culturelle du projet politique.

 

L'exigence culturelle des socialistes est à la mesure du Projet qu'ils présentent au peuple français. Elle ne se réduit pas, même si c'est évidemment nécessaire, à développer la fréquentation des théâtres, des musées et des bibliothèques. Elle ne sera satisfaite qu'à partir du moment où chaque individu disposera des moyens qui lui permettent de comprendre sa situation dans la société et d'y prendre ses responsabilités.

Pour les Socialistes, la culture ne se limite pas à un marché pour consommateurs privilégiés. Pour les Socialistes, tout ce qui concerne l'être humain est culturel et de ce point de vue le Projet socialiste est fondamentalement un projet culturel. Deux postulats doivent être pris en considération pour concevoir l'action culturelle :

a) La culture est globale : elle ne peut se limiter aux productions littéraires et artistiques mais concerne tous les secteurs de l'activité humaine.

Les travaux de production simples ou sophistiqués, de recherche, scientifiques ou techniques, les loisirs, les sports, et bien sûr ceux qui permettent la communication et notamment le système d'information, par ailleurs moyen privilégié de conditionnement dans une société oppressive, concourent à façonner « l'homme culturel » qu'est tout homme. 

b) La culture est une dimension de la vie : si le passé ne peut être ignoré qui conditionne la connaissance du présent, la conservation, l'étude et l'animation du patrimoine ne peuvent être dissociés de la création permanente. Celle-ci doit être le fait du plus grand nombre, amateurs et professionnels. Mais ces derniers, comme les autres citoyens, ont droit au travail. Ceci suppose de lever les obstacles économiques et politiques mis à leur activité.

Aujourd'hui, alors que les mutations s'accélèrent, que les problèmes acquièrent une dimension planétaire et que l'information est devenue instantanée, l'individu se sent perdu dans un monde incertain. Les médias l'assaillent de messages multiples et contradictoires. Ils lui montrent la complexité des problèmes mais ne lui donnent pas les moyens de sa compréhension. Ils l'affrontent aux difficultés, mais ne le mettent pas en mesure de trouver les réponses pour les surmonter.

Nous voulons passer de la culture de la passivité à celle de la responsabilité. Cela implique, pour chacun, l'intelligence de la situation dans laquelle il se trouve placé, la maîtrise de la connaissance, l'aptitude à l'initiative créatrice.

Pour les socialistes il n'est pas de lieux ou d'institutions qui aient le privilège de la culture. C'est-à-dire que la réalisation de notre exigence culturelle va de pair avec l'ensemble des transformations sociales auxquelles s'attache le Projet socialiste. Elle s'appuiera, en particulier, sur la démocratisation de l'entreprise, sur la réduction du temps de travail, sur le champ donné aux initiatives locales et régionales. Mais elle trouvera une traduction plus précise dans trois domaines importants : l'information, l'éducation et ce qu'il est convenu d'appeler l'« action culturelle ». Dans ces trois domaines, la politique du pouvoir actuel produit des effets néfastes. En matière d'information écrite, la plupart des grands quotidiens et hebdomadaires sont possédés par des groupes financiers tout dévoués au pouvoir, aux intérêts du système en place. La Mainmise gouvernementale sur la radio et la télévision nationale s'est accompagnée depuis 1974 d'un contrôle renforcé des radios périphériques. C'est d'un véritable quadrillage idéologique qu'il s'agit, dont trop peu de Français sont conscients.

Depuis plusieurs années on assiste à une entreprise cohérente et persévérante de démantèlement du service public d'éducation. Elle se traduit par une stagnation des moyens, un abaissement de la qualité, le recours à des procédures autoritaires. La majeure partie de la jeunesse est ainsi privée d'une formation intellectuelle et professionnelle indispensable : elle est exclue prématurément du système scolaire et souvent placée sous le contrôle de systèmes parallèles, notamment patronaux. L'objectif recherché consiste à adapter la nature de la formation aux besoins de main-d'œuvre déqualifiée et à soumettre très tôt les jeunes aux prétendues « valeurs de l'entreprise ».

En même temps qu'il organise la pénurie budgétaire, le pouvoir diffuse le cliché d'une éducation gaspilleuse et inefficace.

Dans les domaines de l'enseignement public, le pouvoir démantèle systématiquement les « enseignement spéciaux » (dessin et musique) qu'il considère comme non rentables dans un enseignement qu'il rabaisse dans toutes les disciplines à la diffusion d'un savoir essentiellement utilitaire. Les conséquences en sont :

- l'analphabétisme artistique de la jeunesse

- l'étouffement des talents

- la mutilation de la personnalité des jeunes

- la dégradation de l'environnement par suite de l'incompétence des responsables de la vie publique, et du manque de formation du public même

- la sélection des créateurs par l'argent (la formation n'étant plus finalement assurée qu'à une minorité par de coûteux cours privés.

En matière d'action culturelle et de création artistique enfin, le pouvoir liquide alors que seule une ambition à longue portée peut répondre à l'attente culturelle et apaiser la soif de tout un peuple.

Le pouvoir met en cause la « décentralisation culturelle » sous le faux prétexte que créateurs et animateurs n'atteindraient qu'un pourcentage restreint de la population, alors qu'en revanche des voix autorisées créditent le « jeu du marché » d'effets positifs sur la « démocratisation » culturelle à travers la fabrication de disques, films, cassettes, chaînes hi-fi, chaînes vidéo. Le concept de « consommation culturelle » mis en circulation par le ministère de la Culture révèle le soubassement idéologique de cette politique. Il sert d'alibi à la démission de l'État en matière d'action culturelle.

Exaltant la rentabilité financière, l'industrie culturelle oriente les désirs vers la consommation passive de marchandises, source de profits pour quelques-uns, remède illusoire au mal de vivre du plus grand nombre. Elle invoque un prétendu « goût du public » qu'elle façonne pour son propre intérêt : la société marchande transforme progressivement l'ensemble des hommes en voyeurs de spectacles dérisoires qu'elle leur vend. L'exigence culturelle est réduite au besoin de distraction.

Contre cette politique de décadence, les socialistes donnent à l'éducation, à l'information un objectif prioritaire : épanouir la liberté de création ; « faire des hommes et des femmes responsables »

 

 

Parti socialiste, Projet socialiste pour la France des années 80, Paris, Club Socialiste du Livre, 1980, pp. 279-283.

Publié dans Balises

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